Rire ?

1981. Carnaval de Binche. Compagnie "les Incas".

Les temps sont terribles,

Effarement devant la marche du monde, pincez-moi, réveillez-moi,

réveillez-nous,

dites-moi, ce n’est jamais qu’un mauvais rêve

« Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes… »

l’envie de pleurer, ou peut être l’envie de rire,

me reviennent les vers (toujours Aragon)

Entre pleurer l’homme hésite
Et rire et rire étourdiment
Ses rêves vont parfois si vite
Qu’il ne sait lui-même comment
Il se fait que pleurer le quitte
Chaque jour annonce le pire.
On cherche dans ses images anciennes
le rire , l’affirmation d’être vivant
le bonheur simple d’être vivant

These are terrible times,

I’m horrified by the way the world is going; pinch me, wake me up, wake us all up, tell me, it’s just a bad dream « Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes ». the urge to cry, or perhaps the urge to laugh,

the verses come back to me (Aragon again)

Entre pleurer l’homme hésite    Et rire et rire étourdiment    Ses rêves vont parfois si vite    Qu’il ne sait lui-même comment    Il se fait que pleurer le quitte

Every day brings the worst We look through his old photographs
for laughter, for the affirmation of being alive

the simple joy of being alive

Rire de tout, de rien, rire de ne pas pleurer, rire à chaudes larmes,

rire de bon coeur,  aux éclats, aux larmes, à gorge déployée, aux anges, rire jaune, mourir de rire

j’ai même eu une amie qui se souvenait avoir eu le boyau de la rigolade

Le rire, toujours avec et au milieu des autres,

Laughing at everything, at nothing, laughing so as not to cry, laughing until the tears come,

laughing heartily, roaring with laughter, laughing until I cry, laughing at the top of my voice, laughing like a child, laughing nervously, laughing fit to the burst

Laughter, always with and amongst others,

Ainsi, dans le désastre du monde, une manière de donner le change ?

La vie vivante, résistante, ne plus penser au déluge qui nous suivra, ou au grand désert, sans oiseaux et sans caresses,

les douleurs multiples oubliées,

dans toutes ces images anecdotes, simplement des naufragés

So, amidst the world’s chaos, a way of putting on a brave face ?

Life, vibrant and resilient, no longer thinking of the flood that will follow us, or of the great desert, devoid of birds and caresses,

the many pains forgotten,

in all these anecdotal images, simply castaways

Le rire bien sûr ne sauvera pas le monde, mais qui sauvera le monde?

          Laughter, of course, won’t save the world, but who will?

Nos rires et nos rêves, toujours et toujours,
et je m’aperçois n’avoir jamais photographié une personne en larmes, jamais,
Our laughter and our dreams, always and forever, and I realise I’ve never photographed anyone in tears, not once,

Nous sommes la somme de nos rires et de nos larmes, avec quelques petites choses en plus,

et comment dit-on désastre dans la langue des signes ?

we are the sum of our laughter and our tears, with a few extra things thrown in, and how do you say ‘disaster’ in sign language?

Une info

Ma modeste participation à l’exposition du Centre Historique Minier de Lewarde, magnifique lieu célébrant la mémoire du pays minier, près de Douai,

ce sera pendant un an,  à partir du 26 juin 2026, à côté de grands frères, Willy Ronis, Jean-Claude Gautrand, l’ami Michel Seméniako magicien de la lumière….

merci à la MPP ! (la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie).

A quick update

My modest contribution to the exhibition at the Lewarde Mining History Centre, a magnificent venue celebrating the heritage of the mining region near Douai,

will be on display for a year, starting on 26 June 2026, alongside some of the greats: Willy Ronis, Jean-Claude Gautrand, my friend Michel Seméniako…

et n’oubliez pas de pousser la porte de l’atelier de Catherine,

Catherine Rauscher, qui partage ma vie, à l’occasion des journées Portes Ouvertes des Ateliers d’Artistes de Belleville

and don’t forget to step inside Catherine’s workshop, Catherine Rauscher, who shares my life, during the Belleville Artists’ Studios Open Days

Elle y recherche obstinément le noyau dur qui,  dit elle, »envers et contre tout, nous tient debout. »

She stubbornly searches for the core that, as she puts it, “against all odds, keeps us standing.”

Ce sera du jeudi 28 au dimanche 31 mai,

les après-midi, au fond de la cour du 20 rue de Tourtille à Belleville, Paris vingtième.

Simplement.

It will take place from Thursday 28 to Sunday 31 May, at the back of the courtyard at 22 Rue de Tourtille in Belleville, Paris’s 20th arrondissement.

It’s that simple.

Comments (16):

  1. Alain Umhauer

    Mai 23, 2026 at 9 h 17 min

    Magnifiques, éloquentes photos, cher André. Tu as toute ta place parmi celles et ceux qui tu nommes « les grands ».

    Répondre
  2. Philippe Rauscher

    Mai 23, 2026 at 9 h 40 min

    Oui mon cher André, heureusement qu’il nous reste le rire. Merci pour ce partage toujours aussi touchant. Nous t’embrassons.

    Répondre
  3. Suzel Galia

    Mai 23, 2026 at 14 h 25 min

    Oui le rire encore et toujours…
    Même si pendant ce temps usines et mines ferment…
    Merci André pour tes photos superbes, vivantes, touchantes, humaines avant tout…

    Répondre
  4. Helene Amblard

    Mai 23, 2026 at 19 h 45 min

    Superbe! Je partage.
    On y sera

    Répondre
  5. Michel Vialle

    Mai 23, 2026 at 20 h 03 min

    Encore une fois, merci. Tes images sont précieuses.

    Répondre
  6. Tarrago llibert

    Mai 23, 2026 at 21 h 06 min

    Merci André. Cuba, t’en souviens-tu, oui bien sûr ! Qu’en est-il de notre Calle 19 ? Un autre Playa Girón ?T’embrasse.

    Répondre
  7. Catherine Gégout

    Mai 23, 2026 at 21 h 30 min

    Une fois de plus, un grand merci André, tout simplement pour ton humanité discrète et si précieuse

    Répondre
  8. Nadalutti

    Mai 24, 2026 at 0 h 37 min

    Sei un uomo fortissimo, con valori veri e sani

    Répondre
  9. Blumental David

    Mai 24, 2026 at 0 h 45 min

    Tes photographies appellent des mots chauds et denses, que tu dis mieux que personne, cher André. Nos souvenirs feront des petits.

    Répondre
  10. Giraudo

    Mai 24, 2026 at 7 h 44 min

    Le coeur surpris par le regard d’un homme dont le souvenir s’en est allé. Il ne boite plus. Il ferme la danse. C’est le monde des vivants qui boite.

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  11. Patrick Giraudo

    Mai 24, 2026 at 7 h 56 min

    Merci André. Une larme à l’oeil. Pour de rire.
    Je ne serai pas avec vous ce week-end. Mais je serai très ému de vous voir à Borde Basse ou à Toulouse. La ville des lendemains qui chantent encore.
    Des bises à Catherine

    Tendrement

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  12. ronald curchod

    Mai 24, 2026 at 8 h 18 min

    grand merci andré… et si à Toulouse tant qu’à faire… on vous attend. amitié à vous deux

    Répondre
  13. Anne

    Mai 24, 2026 at 10 h 56 min

    Une photo réussie est, en partie, le portrait de son auteur. Ton regard donc, sensible, tendre et parfois malicieux, touche l’oeil, le coeur et donne à voir.
    Et le rire oui, malgré tout, ça fait du bien! Le mieux c’est de rire ensemble…
    Merci & bravo!

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  14. HALARY HUREAU MIREILLE

    Mai 24, 2026 at 17 h 40 min

    MERCI ANDRE pour ces photos et ces écrits touchants. Rire n’est pas toujours facile….cela fait beaucoup de bien , c’est sùr……Je ne vais plus à Paris (mes genoux……)mais j’ai créé un café philo et ça fait du bien aussi…on se parle…peut être arriverons nous à rire ensemble? Amicalement en souvenir des années 50!!!!

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  15. Marianne Delranc Gaudric

    Mai 25, 2026 at 20 h 14 min

    Merci André pour ces photos émouvantes, qui me rappellent la ballade de François Villon:

    « Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;
    Confort reprens en triste desespoir ;
    Je m’esjouys et n’ay plaisir aucun ;
    Puissant je suis sans force et sans povoir,
    Bien recueilly, debouté de chascun. »

    (« Je meurs de soif auprès de la fontaine »…)

    Depuis que le monde est monde, tout est contradictoire… Mais le Bien finit toujours par gagner, grâce aux gens courageux comme toi!

    À bientôt

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  16. Éric MADELAINE

    Mai 26, 2026 at 3 h 36 min

    Merci André pour tes toujours sensibles propos photographiques et écrits !

    Et dire que le 16 novembre 1945,,,,, on inscrivait solennellement dans le marbre : « puisque les Guerres naissent dans la tête des humain-e-s c’est dans la tête des humain-e-s qu’il faut ériger les Défenses de la Paix » (formulation que je me permets d’actualiser) article 1er de la Constitution de l’UNESCO.

    Tu as raison le rire aide à supporter la connerie.

    À se demander si tout compte fait et paradoxalement notre Humanité aurait pu s’installer durablement sans cette faculté de rire.

    Amitié Humour Amour !

    De Tout Cœur avec Vous ce Ouïk.

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