Belleville , dernière station.

Ça commence comme le goût de vivre et l’envie du bonheur, une lutte pour sauver un quartier, sa façon de vivre et d’ouvrir sa porte aux voisins, on n’oublie ni la lèpre des murs ni la misère, on veut juste garder le meilleur de nous même, simplement.

Un maire d’arrondissement qui veut tout raser et construire un « lieu de prestige », grand hôtel, grands magasins. L’élite autoproclamée est imbécile. Une association se crée, la Bellevilleuse, merci Nicolas Rialan, les artistes du quartier s’unissent et sauvent l’usine nichée au centre de l’ilot qui devient la Forge, merci Mona Van Cocto, merci Irène Quesnay, les résidents du foyer de la rue Bisson s’enchaînent aux grilles de Notre Dame de Paris et sauvent leur lieu de vie. Merci à tous.

Curieux ces hasards de la vie qui amènent le photographe à s’installer rue de Belleville, après des traversées amoureuses et timides du quartier, premières photos  prises dans les années 70, la rue et son sirop, maladresses du photographe débutant.

Ses goûts se formeront dans  ses rues, dans ses cafés, au milieu du petit peuple qui n’a rien de petit.

Boulevard de Belleville. 1972.Boulevard de Belleville. 1972.

Boulevard de la Villette. 1973.

Rue des Couronnes. 1972.Rue des Couronnes. 1972.

À deux pas de là, nous installerons le bar Floréal, 13 ans plus tard, en 1985.

En 1993, La Maison de La Villette demande aux photographes du groupe un travail sur le quartier. Je photographierai ses rues et ses cafés. Après l’exposition à la Villette, Pierre Gaudin et son enfant Créaphis feront le livre Belleville Belleville , avec les textes de Françoise Morier.

Sur le marché de Belleville. 1993.

Sur le marché de Belleville. 1993.

Boulevard de Belleville. 1993.

Rue du Faubourg du Temple.

Café « Le Relais », à l’angle des rue de Tourtille et de Belleville. 1993.

« Le café, c’est le salon du pauvre » nous disait Fanfan qui tenait la dernière épicerie-buvette de Paris, rue de Tourtille, minuscule café , où nous nous retrouvons, habitués, indigènes de Belleville, passagers du monde, voisins de palier et d’espérances.

La parole y est reine.

Chacun avec son sobriquet, La Volige, La Paloma, l’Astrologue,les trois Pascale, la Petite Pascale, la Grande Pascale, et la troisième, on a oublié. Christian Moustache qui l’a rasée à l’annonce de son cancer. La petite Sylvie et son chien Thithi, Bernard et son sens du pastis. Le photographe et son leica cabossé.

Michel Morange et son roman sans cesse médité. Chez Fanfan. 1993.

Bernard Cimon, musicien et chanteur québecois, s’y installe et nous fait danser, l’humanité se tricote, les Sdf viennent s’y reposer, Claude l’imprimeur, à la rue depuis 10 ans, retrouve le goût des autres.

Madame Huguette. Chez Fanfan. 1993.

Le roi Mohamed. Galette des rois chez Fanfan. 1993.

La Forge, au coeur du quartier, ouvre ses portes chaque semaine, les images, les mots, les chants, les rêves s’y mélangent.

Fête à Laude. André Laude au milieu de ses amis. La Forge. 1993.

André Laude, clochard céleste, habite tout à côté. Il partage le soleil noir de ses poèmes. La Forge. 1993.

Encre et sang

Je fais de ma vie de nuit en nuit un tas d’ordures.

Je fais de ma vie une brumeuse chronique.

Je fais de ma nuit le carrefour des fantômes.

Je fais de mon sang un long fleuve

qui tape à mes tempes.

Je fais de ma peur un oiseau noir et blanc

Je fais d’un oiseau mort, pourri,

l’enfant que j’aurais pu être.

Je fais d’un enfant un feu fou, un bloc de cendres.

Je fais de ma mort à venir un festin de serpents.

Je fais d’un serpent la corde pour me pendre.

Je fais d’un long, acharné silence le testament

de tout ce qui fut désastres, horreurs, ennuis,

ruptures et interminables hurlements.

Je pisse de l’encre et du sang.

Je pisse de l’encre et du sang.

Je chante sur le bûcher des châtiments.

André Laude.

André Laude meurt 2 ans plus tard dans sa minuscule chambre, au 6 de la rue de Belleville.

Les murs du quartier, palimpsestes.

À l’occasion des Portes Ouvertes des Ateliers d’Artistes  de Belleville, en 2011, l’hommage des camarades à la Commune de Paris, rue de Tourtille.

Rue de Belleville. 2019.

Rue Lesage, 1993. Némo offre des fleurs à Catherine, qui partage ma vie.

Les murs nous regardent vieillir.

Et cette invitation, à l’occasion des Portes Ouvertes des Ateliers d’Artistes  de Belleville de pousser la porte de son atelier, au 18 de la rue de Tourtille, au fond de la cour, à gauche.

Comments (18):

  1. connan

    Mai 17, 2019 at 9 h 38 min

    30 ANS QUE J’AI DÉCOUVERT BELLEVILLE, 10 années riches, ça me fait tout drole maintenant perdu au milieu des sables du désert égyptien fanfan,, claude, madame hugette,nemo,et vous les lejarre!

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  2. Philippe

    Mai 17, 2019 at 14 h 19 min

    Bravo André, très émouvant. Et magnifique photo de Catherine !

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  3. Suzel

    Mai 17, 2019 at 14 h 31 min

    Merci André pour tes photos magnifiques qui font vivre et revivre les habitants et ce quartier que j’habite depuis 37 ans et qui change tant.
    Ta photo « Belleville. J’y suis, j’y reste » sera à l’honneur dans la cour du 48 rue Ramponeau pendant les journées Portes Ouvertes de Belleville.

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  4. Jane Evelyn Atwood

    Mai 17, 2019 at 15 h 32 min

    Votre texte, vos photos et surtout votre amour pour ce Quartir sont magnifique! Malheureusement je ne serai pas a Paris et ne peux pas venir pour les Portes ouvertes. Je suis vraiment désolée ! Maybe next year! Je t’embrasse, cher Andre. Jane Evelyn Atwood.

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  5. Bielka

    Mai 17, 2019 at 17 h 19 min

    Touchante balade dans Belleville, et ballade à Belleville. superbes photos. Merci André.

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  6. Valat

    Mai 17, 2019 at 17 h 43 min

    Cher André Laude, rencontré ailleurs en d’autres temps.

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  7. brigitte

    Mai 17, 2019 at 18 h 06 min

    André, merci, mille fois pour ces photos à voir et revoir . mon émotion à les regarder est intacte.
    Qui mieux que toi pour rendre justice au  » peuple » de Belleville!

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  8. Marianne Gaudric Delranc

    Mai 18, 2019 at 10 h 00 min

    Grand Merci et félicitations, André, pour ce beau portrait sensible de Belleville et de ses habitants!

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  9. Finkelsztajn Yolancde

    Mai 18, 2019 at 11 h 59 min

    Superbe !!! j’ai vécu pareil dans le Marais. Locataires délogés en leur faisant peur dès 1976. La différence. c’est que la RIVP avait un sacré patrimoine : les appartements des juifs francais déportés et jamais revenus. Et puis la proximité avec la Mairie de Paris. On a été « bouffés  » total. Meme les autres parisiens, gens des régions ( avant le flot des touristes) ont co-opté malgré eux (?) ce Marais enchanteur, enfin pour les boutiques de fringues surtout. Le reste, tout a disparu. André Laiude avait un café sur la Place du Bourg Tibourg, avec un table réservée toujours rien que pour lui. Tu devrais montrer tes archives plus souvent. ( j’ai rencontré la graveuse Caroline Boyer il ya qq temps. Magnific travail.

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  10. quignon

    Mai 18, 2019 at 12 h 39 min

    Merci André, c’est sensible et beau, mon fils habite Belleville et s’y sent chez lui

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  11. collas gilles

    Mai 18, 2019 at 13 h 24 min

    Très beau, photos et textes. Ce quartier a une âme et tu sais la regarder et l’écouter et la faire voir et entendre.

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  12. Lucien MARCHAL

    Mai 20, 2019 at 9 h 51 min

    Salut à toi André et merci pour cette brassée d’êtres humains qui réchauffe nos corps glacés par le souffle mortel de la technocratie

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  13. Xavier.toutain

    Mai 21, 2019 at 21 h 00 min

    Une nostalgie sublimée ! Merci cher André !

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  14. Calaferte

    Mai 21, 2019 at 21 h 05 min

    Quelle tristesse de voir Belleville progressivement envahi par les gosses de bourges ( de gauche ceux-là ! ) et ainsi voir disparaître les us et coutumes de ceux qui avaient la vie dure mais encore un havre où se retrouver. La prétendue mixité sociale a servi de bulldozer idéologique à l’augmentation progressive des loyers et à la dépopulation de l’Est-Parisien. Maintenant ceux qui marchent dans nos rues, se prétendent proches de nous. ce sont des escrocs. Un jour nous reprendrons Belleville et tout ce qu’ils nous ont volé.

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  15. Christine Tarakanov

    Mai 22, 2019 at 15 h 53 min

    Merci André, quel bonheur de revoir ces visages et lieux amis, nostalgie… Bises, Christine

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  16. RENAUD

    Mai 24, 2019 at 11 h 50 min

    Bonjour M. Lejarre. Vous ne me connaissez pas mais moi, je vous connais ainsi que Catherine Rauscher, ayant travaillé comme objecteur de conscience à la Bellevilleuse pendant un an où je l’ai croisée. Vous ne me connaissez pas et Catherine Rauscher non plus, mais vous avez été et êtes importants pour moi, comme tout ceux de la Bellevilleuse et autour d’elle, parce que, à l’aube de ma vie d’adulte, sortant de mes livres, vous m’avez montré ce qu’était la vraie vie des vrais gens avec beaucoup d’humanité et de considération dedans. Comment rester insensible lorsqu’on a croisé Claude ou Fanfan et qu’on a vu leur gentillesse, leur tendresse et parfois leur désespoir dont vos photos témoignent superbement (à leur propos, je vous conseille de fouiller dans les archives de M. Bezzolatto, photographe des quartiers populaires et perdus de Paris et qui fut là où il fallait aussi) ? Vous m’avez montré l’importance des rêves, du bien vivre ensemble et de se battre pour le préserver. Et l’on me racontait l’importance de votre travail photographique jusqu’à « Belleville, belle ville » pour valoriser ce quartier décrié par les élus, les technocrates et ceux qui n’y vivaient pas. Qui ne LE vivaient pas. Et je vous jure que je ne passe jamais devant le Floréal sans penser à vous et à votre travail. Depuis, j’ai trouvé quantité d’images de l’ancienne rue des Couronnes et même l’identité et quelques histoires sur cet ancien troquet. Depuis, j’ai appris ce qu’était le cinéma Le Floréal et ce qu’il représentait pour les bellevillois, comme le Pathé, le Bellevue, le Berry, etc. Depuis, je travaille avec d’autres associations, dans d’autres quartiers parisiens, contre d’autres conceptions dés-ancrées de la réalité de ces quartiers populaires. Alors vous ne me connaissez pas, mais moi, je vous dis merci et surtout, bonne continuation.

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  17. Josette

    Juin 6, 2019 at 10 h 50 min

    Magnifique ce voyage au pays de ma mère, née il y a plus de 98 ans en haut de la rue de Belleville

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